Kobe fait une sortie à son image : entre poésie et égocentrisme

Personnage singulier du microcosme NBA, Kobe Bryant va s’en aller après 20 ans, avec ses convictions, ses défauts et son ego.

Les Lakers sombraient sereinement dans l’anonymat quand la majesté d’Hollywood a sorti un ultime tour de son chapeau. Le meilleur scoreur des or et violet clôturera donc la boucle d’une tournée d’adieu savamment orchestrée. Cette sortie, c’est une démonstration quasiment parfaite de ce qu’est Kobe Bryant : il y a la beauté et l’efficacité qui lui ont permis – en plus de gagner cinq titres – de marquer l’imaginaire collectif d’une esthétique sans égale, mais il y a aussi un égocentrisme magnifié qui lui gâché peut-être dix ans de carrière.

Une histoire de jeu

On pensait avoir tout abordé dans les manières de prendre une retraite, et pourtant, Kobe a su nous prendre au rebond. Sur la remarquable plateforme The Players Tribune – fondée par le non moins remarquable Derek Jeter – le troisième meilleur scorer de l’histoire de la NBA a partagé une émouvante lettre sous forme de poème. Une démarche qui provoque une réaction à mi-chemin entre l’admiration et l’émotion envers cet égocentrique patenté. Kobe est un amoureux du jeu, plus que du sport. Certes, sa détermination est sans faille, à l’image de son éthique de travail puisque les observateurs les plus avisés des Lakers reconnaissent avoir rarement vu un tel acharné, mais il a démontré sa dévotion à la balle orange. Bryant n’aurait rien pu être d’autre qu’un basketteur. Qu’un légendaire basketteur. Car sa sortie est à son image : prétentieuse, et assumé. Elle est faite pour avoir un hommage à Philadelphie dès le lendemain. Et quand bien même il avait assuré sur le plateau de Jimmy Kimmel : « Faire une tournée d’adieu ? Non, ce n’est pas dans ma nature », il ne pouvait – ou ne voulait – pas passer à côté d’un rituel si flatteur.

Scott et Bryant prennent les Lakers en otages

« Just enjoy it », court et efficace, Michael Jordan a conseillé son héritier officieux avec un pragmatisme qui le définit dans les grandes largeurs. Kobe l’a prisw au mot, peut-être un peu trop. 16 points par matchs, 18 tirs de moyennes, 31,1% de réussite au shoot, 22% à trois points, le carnage manifeste est pour le moins inquiétant. Qui aurait pu croire qu’il saborderait son équipe, alors même qu’en présaison il annonçait vouloir encadrer Clarkson, Russell et Randle, le boys band à la mode. A vrai dire, c’est l’inverse qui aurait été farfelu. Dans les années 2000, alors qu’avec le Shaq il formait l’un des duos les plus prolifiques de l’histoire, qu’ils restaient sur trois titres en quatre ans, avec un coach mythique, Kobe a décidé de tout détruire pour écrire sa propre histoire. O’Neal a emporté ses talents à South Beach, Phil Jackson a été démis de ses fonctions et Bryant a enchaîné les cartons individuels.

En 2012, à 34 ans, il a préféré signer un contrat gargantuesque, pour rester la star de la franchise, plutôt que d’attirer des Free Agents séduisants. Bryant est un hyper-égocentrique. Rien ne peut le détourner de ce qu’il souhaite écrire. Les Lakers, franchise au combien mythique, sont au fond du gouffre, les trois grands espoirs sont perdus dans cette tragique comédie où rien ne compte, hormis le prince.

Comme il est compliqué d’en vouloir à Bryant, on peut se demander qu’elle est la place de Byron Scott là-dedans. Après la défaite contre Philadelphie, il a affirmé que les résultats dépendraient de l’adresse de sa star. Une réflexion aux frontières de l’irresponsabilité. Les Lakers, icône du sport américain, ne peuvent pas se permettre de se perdre, de gâcher des potentiels. En même temps, quand il avoue avoir été surpris que Bryant prenne sa retraite, alors que son arrière n’est que l’ombre de lui-même, et que Michael Jordan le sait depuis septembre, sa crédibilité en prend un vilain coup. Quoique finalement, au vue du concert de louanges qui s’abat sur Bryant, il n’est peut-être qu’égale au reste de la NBA : éblouit par l’histoire.

crédits photo : The players tribune

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